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HO(no)RAIRES


Cher Lecteur qui n’est peut-être pas encore client de mon cabinet (et dont le nombre est bien trop important à mon goût),


Ne crois pas, parce que j’use ici du tutoiement, que je te manque de respect ou que demain nous nous tutoierons. Non. Il ne s’agit naturellement que d’un tutoiement stylistique, si tant est que tu puisses trouver une quelconque qualité littéraire à ce billet.

Si je te démarche, ne t’en offusque pas. Je ne suis pas en infraction puisque l’Union Européenne comme la législation française nous l’autorise. Comme pour d’autres professions réglementées. D'autres bientôt nous rejoindrons.

Tu conviendras avec moi, puisque toi aussi tu veux que le droit se démocratise, qu’il faut vivre avec son temps, qu’il n’existe aucune raison objective que toi-même tu puisses démarcher des clients pour gagner ta vie et que moi je ne puisse pas le faire.

Tu conviendras également avec moi qu’il est paradoxal de vouloir faire appel à des plates-formes juridiques en ligne qui concurrencent allègrement l’avocat et te démarches allègrement, que l’avocat ne puisse à son tour les concurrencer.

Si tu étais dans cette situation, sans doute crierais-tu au loup en dénonçant une situation de concurrence déloyale. Je le sais d’autant plus que cela fait partie des matières pour lesquelles j’accompagne un certain nombre de mes clients et pour lesquelles, peut-être, demain, je devrais t’accompagner.

Si je te démarche c’est aussi parce que tu as accepté que nous soyons "Ami" dans le même réseau social, sur la toile. C’est aussi parce que j’ai envie de te connaitre, de te rencontrer, de t’accompagner. Dans la vraie vie je veux dire. Tu peux me répondre. Oui ou non. Une réponse est toujours agréable. Je sais que tu es sans doute très sollicité, que tu travailles sans doute plus que moi, et je m'excuse de t'avoir importuné.

Si c’est non alors pourquoi avoir accepté d’être en relation virtuelle ? cela n'a pas de sens. D'autant que désormais le mot "Ami" sur les réseau sociaux n'implique pas que nous soyons amis dans la vie, la vraie, pas la virtuelle.

Si c’est oui alors échangeons. Je suis de ceux qui considèrent qu’on ne perd jamais son temps à rencontrer un autre être humain. Nous aurons bien le temps d’être seul, loin, enfermé, au froid, avec au mieux une ou deux visites par an. Dans le meilleur des cas : à Toussaint, et à Noël.

Si par la suite tu passes la porte de mon cabinet, si tu décides de m’appeler pour avoir un renseignement juridique sur ta situation, sache que tu devras sans doute t’acquitter d’un honoraire.

Je ne suis qu’un artisan. As-tu remarqué cette forme négative ? Comme si être artisan était un petit métier (ceci dit il a été tellement dévalorisé que la question mérite réflexion. Mais c’est un autre débat). Ne te fais pas si petit, tu n’es pas si grand dit l’adage.

Je suis donc, un Artisan. Certes du droit, certes d’une prestation intellectuelle, mais je n’en reste pas moins un artisan qui travaille à son ouvrage (le tien) dans son atelier (le mien).

Pour pouvoir te répondre, à l’inverse d’un moteur de recherche, je vais devoir faire appel aux connaissances acquises à l’université, à celles développées à l’école des avocats, à celle des au moins 20 heures de formation que je consacre tous les ans, et aux fruits de l’expérience des dossiers que j’ai pu traiter. 

Je vais devoir aussi t’écouter, passer du temps, qualifier les faits que tu m’as confiés lors de nos échanges, les classer, les hiérarchiser, regarder ce qui peut être utile et inutile, séparer le bon grain de l'ivraie. Je vais devoir te poser des questions, faire des recherches, puis mettre tout cela en adéquation avec la loi et/ou la jurisprudence afin de pouvoir te répondre, t’accompagner et te défendre au mieux. Je garderai le dépôt tes secrets comme le mien propre. Quoi qu’il m’en coûte. Je dirais même quoi qu'il t'en coûte.

Et puis je délivrerai mon conseil, oral ou écrit, afin que tu puisses faire valoir, ou pas, tes droits. Avec moi, ou pas.

En tant qu’Artisan (cette fois je mets une majuscule), bien entendu, de la même façon que lorsque que tu vas acheter ton pain (blanc, complet, aux 23 céréales, avec ou sans gluten), ton journal (Libé, Le Monde, Les Echos, Le Figaro ou Pif Gadget) ta viande (ou ton poisson égalité oblige), ou tes légumes (ou tes fruits égalité oblige), que tu fais appel à ton plombier, à ton serrurier, à ton expert-comptable, à ton prestataire de mails, à ton assureur, ou à ton psy, tu devras bien entendu me régler des honoraires. 

Tout travail mérite un salaire, n’est-ce pas. En accord avec mes obligations déontologiques j’adapterai leur montant notamment à ta situation de fortune et à la difficulté et/ou durée du dossier. 

J’ai aussi, si tu le souhaites, établi un grille indicative des horaires, qui comme cela est bien précisé n’est... qu’indicative. C’est un peu comme chez le boucher ou le poissonnier (égalité oblige) lorsque tu vois un bon morceau de viande ou de poisson, tu ne sais pas s’il pèse exactement 1,06 kg, 153 g ou 838 g. Tu connais juste le prix au kilo. Et je n’ai pas souvenir d’avoir entendu, « Hep Boucher, donnez-m ’en pour 17,42 euros ». Remarque c'est mieux de nos jours, on ne sait jamais, il peut y avoir un espion vegan derrière toi.

Le droit n’est pas une science exacte. La cuisine non plus.

Sois rassuré les honoraires que tu vas me verser ne sont que la juste récompense du travail accompli à ton service. Si tu as une assurance protection juridique, je te rappelle que les honoraires qu'elle versera ne servent pas à couvrir l'ensemble des 2 ou 3 années de la procédure que tu m'as confiée. Il te faudra verser un reste à charge dont nous conviendrons.

Tout comme tu as, selon ta situation professionnelle, un salaire à la fin du moins, une rémunération de gérance, des jetons de présence, et /ou des dividendes.

Sache qu'une grosse partie des honoraires, la plus gros en fait, ne rentrera pas directement dans ma poche. Je ne suis pas le méchant capitaliste que te présentent fort opportunément les fossoyeurs du droit.

Selon une étude très sérieuse d’une association de gestion des avocats, plus de 60% des honoraires passent en charges, qu’il s’agisse des cotisations aux ordres, du loyer, des assurances, et de toutes les charges nécessaires à l’exercice de ce métier (loyer, téléphone, etc) passionnant qui me permet de t’accompagner (documentation, formation, etc.). En 2017, il a été calculé qu’en euros constants le revenu des cabinets individuels a baissé de 12,19%. Sache également qu’en raison des temps de travail à rallonge, du dévouement dont je fais preuve, des lenteurs de la justice (qui ne sont pas imputables aux avocats, pas plus que leur manque de papier) près de 20 % des hommes et 40 % des femmes quittent le barreau au cours des dix premières années de leur carrière. Sache encore que tous les avocats ne travaillent pas, heureusement, dans des grands cabinets mais que nous sommes nombreux à proposer une autre approche du droit.

Bien sûr, tu peux toujours aller sur un moteur de recherche, essayer de trouver la réponse à ta question ou sur un site qui te promet d’attaquer en justice pour une bouchée de pain. Tu peux aussi demander à ce moteur de recherche un modèle de lettre de mise en demeure. Il ne te conseillera pas, ne t’informera pas précisément au regard de ta situation, mais après tout… comme c’est gratuit. Sais-tu par exemple que le droit des contrats (et des mises en demeure) a été réformé récemment et que selon la date de signature de ton contrat, le droit applicable n'est pas tout à fait le même ? Le diable se cache souvent dans les détails que le "moteur de recherche" ne pourra pas te donner.

Toujours est-il que cela se fait bien entendu à tes risques et périls.

Contrairement à ce que l’on essaie de te faire croire, l’accès au droit ne se confond pas avec l’accès à la justice, je parle du service public, pas de la Vertu, celui que tu paies avec tes impôts. Si peu finalement puisque selon le Gouvernement la justice, je parle du service public, pas de la Vertu, sur 1.000 euros d’impôts, seuls 4 euros sont consacrés à la justice.

Un si petit budget pour une si grande Vertu.

Bref, sans doute penses-tu qu’aller sur internet te rend service. En la réalité tu ne fais que mettre en œuvre une procédure algorithmique qui n’est peut-être pas adaptée à ta situation car basée sur la théorie du plus grand nombre, sur l’automaticité. Tu pourras toujours me dire que c’est rapide. 

C’est étrange, car je suis persuadé que tu es contre la justice expéditive.

C’est étrange, car je suis persuadé que tu es contre l’automaticité. Que dirais-tu d’un juge qui te condamne automatiquement à une peine pré-déterminée qu'il ne peut apprécier librement, qu'il ne peut adapter à ta situation à toi, à qui tu es, Toi cet être humain singulier, mon frère de vie.

Car contrairement à ce que l’on essaye de te faire croire, la justice n’est pas une science exacte, c’est une science humaine.

J’ajoute, que lorsque tu auras adressé cette procédure de manière électronique ou cette mise en demeure fournit gratuitement par ce moteur de recherche, lequel connaît sans doute bien plus de choses sur toi que moi (et oui car pour surfer tu dois laisser des toutes tes traces, même les plus intimes mais mois je ne les vends pas), et bien je serai sans doute obligé de reprendre le dossier de A à Z pour essayer de rattraper les bourdes commises sur la base de ce conseil gratuit, désincarné, de ce document type qui t’a été communiqué par monsieur « Moteur de recherche ». Tu pourras toujours essayer de lui téléphoner ou de lui écrire pour râler, pour lui demander des comptes. Je ne suis pas certain que tu parviennes à le joindre. De toutes façons il aura déjà vendu tes données. Mais si tu sais bien, quand c’est gratuit, c’est toi le produit.

De fait les honoraires que je serais contraint de te proposer seront sûrement un peu plus élevés que si j’avais pu intervenir dès le départ, que si tu m'avais appelé. Peut-être ne t'aurais-je même pas fait payer.

J’ajoute que si tu passes la porte de mon cabinet, tu seras le Client. Avec un grand C. Tu ne seras pas une donnée. Avec un petit d.

Je voudrais aussi te préciser que j’accepterai volontiers le règlement des honoraires que je t’ai réclamés, parfois à plusieurs reprises, pour le travail accompli. Ce n’est pas une insulte de les recevoir sachant que j’y ai droit et crois moi je ne serai pas vexé d’accepter la récompense de ces longues heures à travailler sur ton dossier, et quand je dis dossier je veux dire que c’est de toi dont je parle puisque la justice étant par nature humaine, lorsque je plaide, lorsque j’écris, c’est bien à toi, Cher Client, Cher futur Client, être incarné, que je pense.

Tu pourras naturellement être mécontent du travail fourni. Nous ne serons pas toujours d’accord. Peut-être gagnerais-je ton procès ou la négociation que tu m’as confiée, mais peut-être aussi que ce ne sera pas le cas.

Je ne peux malheureusement faire autre chose que de travailler avec la matière que tu me donnes, avec les faits. Toute comme l’ébéniste travaille au mieux avec le bois tel qu’il a grandi. Il n'est pas responsable de cette nervure creusé un soir de ciel rouge par un éclair aussi fugace que précis. Pas plus que le boucher n'est pas responsable de la nervosité de la côte de boeuf que tu vas faire griller cet été car l'animal a été stressé lors de son assassinat (je dis assassinat car peut-être y a t il un lecteur végan perdu dans mon réseau: à toi, sache que même si je ne partage pas ton opinion, je te défendrais quand même).

Si le juge n’écoute pas ma plaidoirie ce n’est pas parce que je suis nul (encore qu’il m’arrive de l’être. Comme toi sans doute). Non, c'est qu’il en a écouté 10 avant moi, et qu’il va en écouter 10 autres après moi. Et cela, dans une seule matinée. Rassure-toi, il lira bien mes conclusions écrites (dans 3 ou 4 mois, quand il préparera sa décision, son délibéré), et prendra quelques notes, les plus saillantes, de ce que j’aurai rapidement développé lorsque ce sera mon tour. A la sortie tu me demanderas si cela s'est bien passé. Je te répondrai qu'il faut se méfier des impressions d'audiences. Elles sont souvent trompeuses.

Je te rappelle aussi qu’il ne sert à rien que j’ hurle lors de l’audience, que j’invective mon confrère. Ça flatte surement l’égo mais ça n’est pas très utile. Après tout cet autre qui est à mes côtés, est lui aussi un être humain qu'il fait ce qu'il peut pour porter la voix de ton adversaire.

Et ce n’est pas parce que je perds un de tes procès, que je suis pour autant à un mauvais avocat, contrairement à ce qu’essaient de te faire croire certains sites. Mesure-t-on la qualité d'un médecins à la quantité de cancers incurables qu'il a soigné ? ou un boucher à la quantité de boeuf qu'il tue? Non. En vrai, on ne mesure pas la qualité d'un homme à la quantité d'alcool qu'il ingurgite. On ne mesure pas la qualité d'un avocat au nombre de procès, gagnés ou perdus.

Je ne suis pas juge. Je ne suis pas législateur (ce dernier se demande d'ailleurs souvent si lui même sait ce que cela veut dire).

Je ne suis pas l’auteur ou la victime des faits, qu’ils soient civils, commerciaux, ou pénaux.

Je ne fais que travailler avec ce que tu me donnes. J’essaye de faire au mieux et crois moi j’essaie vraiment de faire au mieux pour t’accompagner, pour défendre ta position, pour faire entendre ta voie et que ta voix porte. Dès le jour où tu m'a fais l'honneur de me confier la défense des tes intérêts, je ne pense qu'à ça. Même si j'ai d'autres Clients. Ne t'es tu pas demandé pourquoi les assurances exclues les professionnels libérales de nombreuses causes de prise en charge (infarctus, burn out, etc).

Si je te dis que la plus belle femme du monde ne peut donner que ce qu’elle a, y verras-tu un méchant proverbe sexiste qui me vouera aux gémonies de twitter ? Ah oui parce que comme ne le dis pas la photo de mon profil, je suis un homme. Du coup je dois faire attention dans l'emploi des féminins et des masculins. Tu vois le genre quoi !!

J’imagine au passage que lorsque tu achètes de la viande (j’avoue que l’enchainement entre un paragraphe sur la plus belle femme du monde et un autre sur la viande n’est pas très opportun, mais n’y vois là aucun effet de la cause) et qu’une fois dans l’assiette, elle (la viande !!!!) n’est pas aussi tendre que ce que tu le souhaitais, tu ne vas pas la rapporter à ton boucher, pas plus que tu ne vas rapporter ta femme à ton beau-père pour ce même défaut (de tendresse).

De même je pense que comme moi lorsque tu vas voir ton médecin, ton portefeuille (si j'osais je dirais mes impôts mais aussi les tiens - si tu en payes-, sécurité sociale oblige) se trouve délesté de quelques euros, que les nouvelles soient bonnes ou mauvaises. Que tu sois guéris ou non. Peut-être même que lorsque tu sors de chez l’ostéo ou du kiné as-tu encore mal.

D’ailleurs, si tu suis une psychothérapie, tu sais très bien que l’argent est une partie intégrante du processus. Tu paieras le plus souvent en liquide et plus cher que chez ton avocat. Et à ma connaissance, il n’y a ni article 700 ni sécurité sociale. Freud prônait des honoraires élevés, dont le montant correspond à la valeur que le psychothérapeute accorde à ton temps.

Tu attends de moi que je t’écoute, que je te rassure.

Tu attends de moi que je sois compétent, que je sois informé et formé, que je sois disponible. 

Tu attends de moi que je te défende, que je t’accompagne, que je te conseille.

Je suis d’accord.

A 100%.

Cela est mon métier, et cela me passionne, mais tu dois aussi comprendre que tout cela a un coût, financier, et humain.

Soit rassuré, je ne vais pas te facturer la réalité de toutes les heures passées pour cela, de tout le temps masqué, de tout ce temps où j'explore d'autres pistes, d'autres droit pour essayer de conforter mon raisonnement, pour essayer de trouver la faille, pour faire preuve d'imagination. Toi, tu ne vois que le résultat, mais sache que j’ai réfléchis, que j'ai cherché, que j'ai passé beaucoup beaucoup beaucoup de temps sur ta situation, dans les codes, dans la jurisprudence, dans la doctrine, parfois même dans la presse.

Je voudrais aussi que tu m'excuses. Je pourrais en effet, peut-être, faire une ou plusieurs fautes d’orthographe.

Je pourrais aussi me tromper. J’en conviens. Il faut dire aussi que tu me demandes souvent d’intervenir en urgence. Et comme je te l'ai dis la justice est humaine, donc faillible. Donc évolutive.

Parfois, je ne pourrai pas te prendre au téléphone lorsque tu m’appelles parce que je suis déjà au téléphone, ou en réunion ou dans les transports en commun ou tout simplement en audience au tribunal. Ne le prends pas mal mais sois assuré je te rappellerai quoi qu’il en soit. Toujours. Ta parole est pour moi précieuse. Et d’ailleurs je ne te facturerai pas forcément les 15 ou 30 minutes que nous allons passer ensemble. Ai-je tort ? Ne dévalorisais-je pas mon travail en faisant cela ? Tant pis. mon métier est à ce prix.

Malgré tout cela, si tu as encore l'envie de pousser la porte ouverte de mon cabinet (« frappez et l’on vous ouvrira »), je te recevrai avec plaisir. Sans faux fuyant ni restriction mentale d'aucune sorte. Je te l'ai déjà dis, je ne suis pas ton juge. Je te proposerais un café (ou un déca), un thé (ou un déthéiné), un coca (ou un pepsi), un orangina (ou un fanta), un jus de fruit (ou un jus d’eau) des gâteaux (avec ou sans gluten) ou des fruits (de saison). Le tout gracieusement offert (redondance oratoire pour insister sur ma générosité) parce qu’après tout nous ne sommes pas des machines. Tu ressortiras je l’espère, rassuré, même si le dossier se présente mal.

Et si tu me fais confiance, j’en serais honoré.

Nous formerons une belle équipe, pour un ou plusieurs dossiers.

Et comme le dit souvent un des mes Clients : seul on va plus vite, ensemble on va plus loin.

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